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Du nombre et de la diversité des êtres

De Seminario de Antropologia

Français


Pour Saint Thomas d’Aquin, le nombre et la diversité des êtres trouvent leur justification dans l’impuissance de toute créature à signifier le Principe créateur, à témoigner exactement de Sa puissance, de Sa bonté, etc... Il ne va pas jusqu’à prétendre que la création dans sa totalité parvienne à remplir cette impossible tâche, car si Dieu possède une infinie puissance, une infinie bonté, etc., la création, aussi nombreuse et diverse soit-elle, est contenue dans des limites. Mais il affirme cependant que « La bonté qui est en Dieu dans une absolue simplicité et unité, ne se diffuse dans la créature que de manière fragmentaire et démultipliée ; aussi l’univers comme tout nous révèle-t-il une plus parfaite participation et représentation de la Divinité qu’une créature quelle qu’elle soit » [1]. Or, il m’arrive de me demander si cette position est bien conforme aux principes fondamentaux du monothéisme. Car il paraît contenu dans le concept d’infini que, du fini à l’infini, il n’y a pas de degré ; ce qui a pour conséquence que, si une créature est impuissante à exprimer exactement la puissance du Créateur, l’univers entier ne le peut pas davantage.

À en croire Thomas, le nombre et la diversité des êtres trouveraient leur justification dans une infirmité congénitale de toute créature, qu’ils auraient pour fonction de suppléer. Mais cette infirmité ne trahirait-elle pas à son tour une éventuelle impuissance de Dieu lui-même, dont l’idée à elle seule nous paraît hérétique ? Tout se passe, à lire Thomas, comme si Dieu était impuissant à S’exprimer dans une seule créature, et qu’Il avait besoin de Se rattraper ailleurs, dans une autre, puis dans une multitude d’autres encore, toutes différentes, un peu comme un étudiant qui attend la session de septembre pour donner sa mesure. Alors que si nous admettons que la puissance et la bonté de Dieu sont infinies, nous devons concevoir qu’Il met une bonté et une puissance tout aussi infinies à S’exprimer dans chaque créature, et que la puissance et la bonté qu’Il exprime dans chaque créature, fût-elle la plus misérable, ne sont pas moindres que celles qui se manifestent dans l’univers entier.

Mais l’argument de l’auteur une fois écarté, reste à en trouver un autre qui ne soit pas blasphématoire. Je propose le suivant. Si le monde ne présentait qu’un seul visage, ce visage nous paraîtrait si beau, nécessairement—puisque Dieu, déjà, s’y exprimerait avec toute Son infinie puissance, Son infinie bonté, etc.—, qu’il nous serait impossible de soupçonner l’existence de Dieu par-delà ce visage ; que nous ne pourrions concevoir d’autre Dieu que ce visage même, quel qu’il fût. Or, comme on le sait, le Dieu d’Abraham est un Dieu jaloux : il exige de celui qui L’adore qu’il renonce au culte des idoles, qu’il ne Le confonde, Lui, avec rien de sensible. Et c’est donc pour permettre à l’homme de ne pas demeurer enfermé dans les ténèbres (l’opaque) de l’idolâtrie, pour qu’il puisse (soit amené à) Le reconnaître, par amour pour lui (l’homme), et par désir d’amour de lui (l’homme), qu’Il se manifeste à sa vue sous un nombre incalculable de visages différents ; pour que chaque visage vienne à témoigner de ce qu’aucun autre visage ne saurait se confondre avec Lui, même si chacun de ces visages est bien le Sien (celui de Dieu) nécessairement, aussi divers et incompatibles entre eux que ces visages puissent nous paraître.

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