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L'expression de la peur chez les japonais et les français

De Seminario de Antropologia

Français -


Source > http://gestion-des-risques-interculturels.com/risques/les-japonais-ont-peur-les-francais-paniquent/
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C’est profondément méconnaître les Japonais que d’attendre d’eux qu’ils expriment la peur qu’ils ressentent. Car ils ont peur, évidemment. Mais le rapport qu’ils entretiennent avec la peur n’est pas le même que le nôtre. Alors qu’en Occident, et particulièrement en France, nous exprimons nos craintes, les Japonais la retiennent, la contiennent, car l’expression de la peur ne fait que rajouter à la peur. Cette peur qui dans le regard apeuré d’autrui s’exacerbe comme dans un miroir grossissant, ce redoublement de la peur en elle-même, ne sert à rien. Au lieu d’apporter une solution à la peur, il la démultiplie et la transforme en panique. La panique, c’est le sauve-qui-peut, le chacun pour soi désespéré, la fuite irrationnelle. La panique, c’est le luxe aveuglant des peuples individualistes qui jouissent d’un vaste espace pour fuir le danger. Autrement dit, c’est la peste des peuples collectivistes et insulaires.

Tous ceux qui ont écrit sur les réactions du peuple japonais se sont étonnés de cette absence de panique. C’est qu’ils méconnaissent à la fois la culture japonaise et la psychologie des catastrophes. Car dans ces situations destructrices, la panique n’est pas la réaction des peuples, et encore moins des Japonais. Comme le rappelle un analyste dans Libération, « cette attitude digne est simplement représentative du comportement habituel des gens en situation de catastrophe collective ».

Si les peurs sont intenses du fait d’une catastrophe, le comportement n’est pas désordonné. Ainsi, selon Enrico Quarantelli, cofondateur du centre de recherche sur les catastrophes : « Durant toute l’histoire de nos recherches, portant sur plus de 700 cas, je serais bien embarrassé pour citer […] ne serait-ce que quelques manifestations marginales qui pourraient être qualifiées de panique. »

Ainsi, suite à l’ouragan Katrina en 2005, les médias et les autorités ont évoqué une zone de guerre où il y aurait crimes, viols et pillages. Or, il s’agissait là de la projection imaginaire des journalistes n’ayant pas d’accès direct à la zone sinistrée. Un mois après le passage de l’ouragan, le Los Angeles Times a fait son mea culpa en écrivant que « les viols, la violence et l’estimation du nombre de morts étaient faux». Le chef de la police de la Nouvelle-Orléans également : « Nous n’avons d’information officielle sur aucun meurtre, ni sur aucun viol ou agression sexuelle. »

Autrement dit, la panique se situe plus du côté de ceux qui observent que du côté de ceux qui subissent la catastrophe. Les observateurs projettent sur les victimes leurs craintes exacerbées par leur imaginaire.

Dans un pays marqué par son instabilité et sa fragilité, la peur est intégrée au Japon dans une logique, c’est-à-dire dans une rationalité, de la vie quotidienne. Elle est inscrite dans des procédures et dans des normes comportementales depuis la petite enfance, ainsi que le rappelle le spécialiste du Japon, Jean-François Sabouret :

« Les Japonais ne vivent pas dans une civilisation de la pierre, mais dans une civilisation du bois qui est friable et non éternel. On vit dans le recommencement permanent. Le Japonais naît avec une conscience aiguë de son environnement fragile. Dès la maternelle, des exercices de sécurité pour les séismes leur apprennent à se précipiter sous les tables, avec l’institutrice. C’est totalement intégré. »

Il ne faudrait cependant pas réduire cette intégration à une simple conscience des risques plus aiguë qu’ailleurs. Comme le précise Jean-François Sabouret, cette conscience a pour toile de fond une conception de la place de l’homme dans la nature radicalement différente de celle que nous connaissons en Occident :

« Ce qui donne dans les peintures occidentales, à partir de la Renaissance, une hypertrophie de l’homme, qui bouche le paysage, et où on voit l’ego démesuré, donne un tableau japonais où la nature s’étend sur tout le tableau et où l’homme et les personnages sont tellement minuscules qu’il faut les chercher des yeux. En Occident, on imagine dominer la nature. »

Le fait est que l’irrationnel prend le pas sur les procédures à suivre en cas de catastrophe en France. Car nous n’avons pas d’autre approche de la peur que sur le registre de la frayeur...

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