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Le droit et la défense de la nature

De Seminario Gerardo González

Français -


Source http://www.slate.fr/story/44337/pape-benoit-xv-discours-politique-bundestag

La primauté du droit est le fondement de l’Etat libéral. Puisant dans l’exemple biblique du roi Salomon, le pape rappelle d’abord que l’appétit de pouvoir, la séduction, la richesse, le profit matériel ne sauraient être des critères suffisants et sains de l’action politique. Celle-ci doit être subordonnée à l’engagement pour la justice, à «la volonté de mettre en œuvre le droit et l’intelligence du droit». La recherche du succès en politique n’est pas un mal en soi, mais elle peut ouvrir à des «contrefaçons». Benoît XVI cite Saint-Augustin, son théologien favori, qui, au cinquième siècle, disait déjà:

«Enlève le droit, et alors qu’est-ce qui distingue l’Etat d’une grosse bande de brigands?»

Servir le droit et combattre l’injustice est et demeure la tâche fondamentale de tout législateur. Mais le critère de la «majorité» parlementaire, soumis à trop d’aléas, ne suffit pas pour établir une bonne législation. Dans la formation de son jugement, le responsable politique doit suivre sa propre orientation, se soumettre aux principes que lui dicte sa propre conscience morale.

Selon le pape, le christianisme est légitime pour tenir un tel discours sur les fondements de l’Etat libéral. L’autonomie du politique, dit-il, est une conquête chrétienne:

«Contrairement aux autres religions, le christianisme n’a jamais imposé à l’Etat et à la société un droit révélé, un règlement juridique découlant d’une révélation.»

Il s’est opposé au droit religieux édifié sur le culte des divinités païennes. Il a pris le parti de la philosophie grecque et du droit romain pour faire de la nature et de la raison les «vraies sources du droit». Il a été partie prenante de toute cette culture occidentale qui a conduit, à travers le Moyen-Age chrétien, au développement juridique des Lumières, à la déclaration universelle des droits de l’homme qui a suivi la guerre, jusqu’à la Loi fondamentale allemande de 1949 qui, souligne Joseph Ratzinger, a reconnu «les droits inviolables et inaliénables de l’homme comme fondement de toute communauté humaine».

Cette conception de la raison et de la nature, qui mettait en harmonie la philosophie et la foi, est contredite depuis, au moins, un demi-siècle par la toute puissance d’un «positivisme juridique» qui obscurcit l’horizon, prive le législateur de toute référence à Dieu.

Une «vision scientifique» du monde, qui écarte tout ce qui n’est pas «vérifiable, ni falsifiable», tend à l’exclusivité. Elle rend le législateur incapable de créer des ponts entre l’éthos, la religion –renvoyés au subjectif– et la Loi.

La «raison positiviste» ne perçoit que ce qui est «fonctionnel». Elle ressemble, dit Benoît XVI, «à un édifice de béton armé sans fenêtre, dans lequel nous nous donnons le climat et la lumière tout seuls, et nous ne voulons plus les recevoir du vaste monde de Dieu».

Là est la clé de la sécularisation du monde et de la loi. Le «positivisme» est devenu la culture commune en Europe, le fondement commun pour la formation du droit, alors que toutes les autres convictions et valeurs sont réduites à des «sous-cultures».

Comment redonner ses droits à la nature et sa grandeur à la vraie raison, celle qui n’exclut pas Dieu?

«Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence.»

Car il existe une «écologie de l’homme»: celui-ci possède une nature qu’il doit respecter et ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement «une liberté qui se crée de soi».

Primauté du droit dans la décision politique, urgence de distinguer le bien du mal, de servir le vrai droit et la justice, restauration, face à la domination du «positivisme», de la nature et de la raison, défense d’un ordre naturel et écologique: ce sont autant de lignes de force d’un programme politique que le pape a exposé dans cette enceinte du Bundestag, témoin de l’histoire allemande.

  • Auteur Henri Tincq
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