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Les solitudes en France en 2010

De Seminario de Antropologia

Français

Cette enquête commandée par la Fondation de France a été réalisée par téléphone auprès de 4006 Français âgés de 18 ans et plus, entre le 5 et le 22 janvier 2010.

La durée moyenne de passation des enquêtes oscillait entre 12 et 21 minutes. Une série d’entretiens qualitatifs a été conduite pour approfondir auprès des personnes en souffrance les raisons et le vécu des situations d’isolement.

Tabla de contenidos

[editar] Introduction

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Nombreux sont les auteurs qui soulignent et s’inquiètent de l’affaiblissement des grands pourvoyeurs de sociabilités. Le travail, le territoire, les classes sociales, la famille, les réseaux religieux, syndicaux, politiques ou associatifs perdraient progressivement leur capacité à intégrer les individus dans un système de relations durables, laissant le soin à chacun d’inventer ses propres réseaux et ses propres formes de sociabilités. Ce phénomène n’est pas nécessairement nouveau, mais il s’exprime aujourd’hui avec une force qui place l’isolement au coeur de la question sociale.

Sur le plan du travail, le chômage, le développement de l’intérim, de la sous-traitance, le durcissement des conditions de travail, le développement du temps partiel, la raréfaction des appartenances de métier et des sentiments corporatistes, les nouveaux modes de management affaibliraient le travail dans sa fonction intégratrice.
Sur le plan de la famille, la banalisation de la monoparentalité, l’augmentation du célibat, la mobilité résidentielle, le desserrement des relations intrafamiliales, ne permettraient plus à la famille de jouer le rôle qu’elle a tenu durant des décennies.
Sur le plan sociétal, de plus en plus de personnes âgées, précaires, malades ou handicapées se sentiraient " inutiles au monde " (B. Geremek) jusqu’à se replier et se retirer de la vie sociale.

Compte tenu de ses missions et de sa vocation, la Fondation de France est particulièrement attentive et inquiète par ce phénomène : d’une part, en raison de ses conséquences sociales et de la souffrance qu’il induit ; d’autre part, parce qu’il affecte l’ensemble des populations auxquelles la Fondation souhaite apporter son soutien. La Fondation de France a donc décidé d’engager une démarche d’étude visant à mieux évaluer et appréhender le phénomène.

[editar] 4 millions de personnes en situation d’isolement

9% des Français sont aujourd’hui exclus des réseaux sociaux, c’est-à-dire qu’ils n’ont ni relations familiales, ni relations professionnelles, ni relations amicales, ni relations de voisinages, ni relations dans le cadre d’activités associatives (culturelles, sportives, caritatives, syndicales, religieuses…).

Cette mesure « objective » de l’isolement est très proche du ressenti de la population : 11% des Français se décrivent comme « seul ».

Lors de l’enquête, 5% des personnes interrogées ont exprimé leur souffrance, évoquant leur solitude, l’impossibilité d’échanger, de discuter ou de partager leurs émotions. Si l’on raisonne sur l’ensemble de la population française, plus de 2 000 000 de personnes sont aujourd’hui en situation de souffrance du fait de l’isolement dans lequel elles se trouvent.

Par ailleurs, près d’un Français sur dix dit se sentir parfois soit exclu, soit abandonné, soit inutile. Ce sentiment mesuré en parallèle n’est pas directement lié à l’état objectif de solitude. Il concerne par exemple 10% des personnes qui disposent de un ou deux réseaux relationnels. Quand la solitude objective est cumulée à un faible niveau de revenu (moins de 1000 euros par mois), ce ressenti concerne 1 personne sur 3.

Isolement objectif : personne déclarant avoir des relations personnelles (cadres familial, amical, professionnel, associatif,
et réseau de voisinage inclus) moins de deux à trois fois par an ou jamais. 
Ressenti de l’isolement : réponse positive à la question « vous arrive-t-il parfois de vous sentir seul ou isolé ? »

[editar] La « précocité » du phénomène d’isolement

L’enquête confirme que les plus de 75 ans sont nettement plus touchés par ce phénomène que les autres catégories d’âge (16% des plus de 75 ans sont en situation d’isolement objectif contre 9% en moyenne).

Mais l’isolement touche aussi une partie importante de la population française dès 40 ans

9% de la population âgée de 40 à 49 ans est en situation d’isolement objectif.
Parmi les 4 millions de personnes en situation d’isolement objectif, 1 million (29%) ont moins de 40 ans et 2 millions (51%) ont moins de 60 ans.

[editar] L’affaiblissement des réseaux sociaux

33% des Français ne rencontrent pas leur famille au-delà de quelques fois dans l’année (dont 8% n’ont aucun lien, ne serait-ce qu’occasionnel). Cette rareté, ou cette absence, de contacts directs n’est que très partiellement compensée par les échanges à distance (courrier, téléphone, mail…). L’enquête montre en effet que « les contacts à distance » sont d’autant plus fréquents que les contacts « physiques » sont denses.

20% des Français qui travaillent ne sont pas en capacité de construire des relations sociales dans le cadre de leurs activités professionnelles.
36% des personnes ayant un travail leur rapportant moins de 1 000€ par mois sont dans l’incapacité de construire des relations sociales dans le cadre de leur activité professionnelle.

19% des Français n’ont pas de relations amicales régulières, c’est-à-dire qu’ils ne sont amenés à rencontrer leurs amis ou à échanger avec eux à distance, que deux à trois fois par an,10% des Français âgés de 40 à 60 ans déclarent n’avoir aucun ami.

[editar] L’absence de compensation par les réseaux virtuels

Les personnes en situation d’isolement relationnel objectif ne compensent pas par un sur-investissement des réseaux sociaux virtuels, contrairement à ce que l’on aurait pu penser ou espérer. 88% d’entre elles ne fréquentent pas ces réseaux à distance.

En réalité, la présence dans les réseaux virtuels est d’autant plus fréquente et assidue que les personnes disposent d’un capital social important.

Dans l’ensemble de la population, l’usage des réseaux sociaux virtuels diminue considérablement avec l’âge (on compte 54% d’utilisateurs avant 40 ans, 17% après quarante ans), tandis que l’isolement relationnel, lui, augmente (2 à 3% avant 40 ans ; 9 à 16% après 40 ans).

Sur l’ensemble de la population française, la part de personnes régulièrement connectées à des réseaux virtuels tourne autour de 30% quel que soit leur niveau de revenu. En revanche, parmi les personnes isolées, la tendance à utiliser ces réseaux est très fortement corrélée au niveau de revenu :

les plus bas revenus atteignent des taux de fréquentation très marginaux.
Seules les personnes disposant de plus de 3 500 euros mensuels (soit une personne isolée sur dix), utilisent significativement les réseaux sociaux virtuels.

[editar] Pas d’inégalité ville / milieu rural

Si la densité des relations familiales est sensiblement plus forte en zone rurale (écart de 7 points entre les unités urbaines de plus de 100 000 habitants et les communes rurales), on n’observe en ce qui concerne les relations amicales, professionnelles ou associatives aucune différence significative entre les zones rurales, urbaines ou périurbaines y compris concernant les relations de voisinage. Au final, la part des personnes en situation d’isolement objectif est identique entre zones rurales et urbaines.

[editar] L’impact du départ des enfants chez les foyers monoparentaux précaires

Entre 40 et 60 ans, les femmes sont globalement moins isolées que les hommes (8% des femmes sont en situation d’isolement objectif contre 11% des hommes). Cet écart, assez ténu, est en partie lié à la présence des enfants au foyer et à la garde dont bénéficient plus souvent les femmes en cas d’éclatement de la cellule familiale.

Au départ des enfants, sur cette même population, une personne sur quatre (25% des foyers monoparentaux précaires) est en situation d’isolement, soit une progression de 19 points. Cette « explosion » démontre, d’une part, que la présence d’enfants au foyer est un vecteur de socialisation extrêmement fort, et d’autre part, que le réseau social qui se construit autour d’eux ne survit pas à leur départ.

La fragilité de ces situations tient en grande partie au fait que les foyers monoparentaux ont tendance à recentrer leurs sociabilités et leur énergie sur l’univers familial (36% des foyers monoparentaux précaires ne s’inscrivent que dans un seul réseau de sociabilité). Ensuite, parce que ces femmes, lorsqu’elles travaillent, n’évoluent pas dans des contextes professionnels propices aux échanges et au lien social. Enfin, la séparation se solde dans un certain nombre de cas par une perte de revenu et un déménagement qui obligent à reconstruire ses réseaux sociaux de proximité.

[editar] Les couples « repliés »

Le fait d’être en couple ne protège pas nécessairement de l’isolement. Il serait faux d’en faire le garant d’une vie sociale dense et diversifiée. Entre 40 et 60 ans, parmi les femmes vivant en couple, 7% n’ont d’autres relations sociales que celles qu’elles entretiennent avec leur conjoint. Or, certains problèmes qui se manifestent parfois dans le couple (addictions, violences conjugales physiques ou psychologiques3) peuvent conduire des individus à vivre à côté « les uns des autres » dans des situations de grande souffrance et totalement coupés du monde.

[editar] Les travailleurs indépendants

Les travailleurs indépendants ont deux fois plus de chances d’être dans une situation d’isolement objectif que les autres catégories professionnelles. Cette corrélation s’explique, en partie, par un surinvestissement professionnel et par une difficulté à construire ou maintenir une cellule familiale.

Les travailleurs indépendants coupés des réseaux sociaux ont en commun un faible niveau de diplôme, des revenus élevés (dans 35% des cas supérieurs à 3 500 € par mois), d’être agriculteurs, commerçants ou artisans, d’être des hommes, d’être plus souvent divorcé ou séparé qu’en moyenne, de travailler tôt le matin, tard le soir et le week-end. Les agriculteurs représentent 30% de cette catégorie. L’extrait à suivre témoigne de leurs difficultés :

« J’ai souvent du monde dans la maison mais je suis quand même tout seul. C’est surtout la solitude du coeur. Je travaille trop, pas de vacances, pas de week-end end. C’est l’image du métier que les gens ont. Quand vous dites aux femmes que vous êtes paysan…ça y est quoi ! Il y a des femmes qui

ne veulent même pas me rencontrer car je suis paysan. (…) J’ai 50 ans, on est une tranche d’âge où les femmes ont souvent vu leurs parents paysans galérer on va dire, donc voilà c’est toujours cette image, mais ce n’est plus vraiment la réalité même si c’est vrai que parfois il y a des mois difficiles… J’estime que je suis encore en forme, alors je n’abandonne pas (…) mais bon ce n’est pas facile du tout. ».

[editar] Un cas Breton?

C’est dans cette région que la part de la population inscrite dans un seul réseau de sociabilité, c’est-à-dire en situation de risque d’exclusion sociale en cas de perte de cet unique réseau, est la plus élevée. Cette part atteint 28% en Bretagne, contre 23% sur la France entière. De ce fait, la Bretagne apparaît comme le territoire où l’isolement revêt une importance plus importante qu’ailleurs. Le cumul des « sans réseau » et des « mono-réseau» donne à voir que 43% des habitants de cette région en situation réelle ou potentielle d’isolement, contre 32% sur l’ensemble des régions, ce qui représente un différentiel de 11 points.

seuls » 30% des Bretons entretiendraient des relations sociales de proximité avec leurs voisins, contre 50% des Français.
en Bretagne, la part de la population se sentant abandonnée, exclue ou inutile s’établit à 12%, contre 9% sur l’ensemble du territoire métropolitain.

  • Plus:
La synthèse complète de l'étude > http://www.fondationdefrance.org/content/download/10340/148598/version/3/file/Synth%C3%A8se+Les+Solitudes+en+2010.pdf
Témoignages audios > http://www.france-info.com/chroniques-le-plus-france-info-2010-07-01-solitude-pres-d-un-francais-sur-quatre-en-danger-460568-81-184.html
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